Harcèlement sexiste, sexuel et moral : les agences poursuivent leur introspection

Elles ont eu un mois pour répondre. Plus de 3 000 personnes ayant travaillé en agence au cours des trois dernières années ont participé à l’enquête baptisée «L’état des Lionnes» (lire Brief n°85), lancée en janvier par l'AACC et l’association Les Lionnes, avec OpinionWay.

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Les résultats donnent une idée des faits de harcèlement et d’agression constatés dans le secteur. Dans l’ensemble, les commanditaires les jugent encourageants, constatant, deux ans après la déferlante du #MeTooPub, « une évolution positive de ces sujets sur les trois années mesurées ». Plus de la moitié (53%) des répondants jugent en effet le climat serein dans leur agence, et 39% le considèrent neutre… Surtout, les trois-quart d’entre eux estiment que le sujet de l’égalité et de la parité y est considéré comme prioritaire ou important. C’est aussi vrai pour le harcèlement : plusieurs agences ont progressivement déployé des dispositifs, même s’il subsiste des axes d’amélioration puisqu’un tiers des interrogés déclarent que leur entreprise n’a mis en place aucun plan de lutte.

Mais c’est dans les détails, comme souvent, que se niche le diable. Déjà, 44% des femmes et 17% des hommes sont convaincus que les seconds sont ou étaient mieux payés que les premières au sein de leur agence. Une différence de perception due, aussi, à un déficit d’information sur la question, rappelait David Leclabart, co-président de l’AACC, dans le cadre d’une table ronde animée le 22 avril par Stratégies. Quelque 60% des répondants déclarent en outre avoir été témoins d’au moins un fait de harcèlement ou d’agression durant leur carrière. La difficulté qui apparaît alors, c’est celle d’être à l’aise pour en parler… Un axe de travail parmi d’autres, mais « le harcèlement sexuel d’ambiance a désormais un nom », relève David Leclabart. Et il n’est pas anodin de mettre un mot sur un phénomène, poursuit-il en substance : « On avance ! » Lui et Bertille Toledano, l’autre co-présidente, rappellent la rareté de leur introspection : la communication est « la première industrie à se doter d’un outil de mesure sur les sujets de harcèlement ».

ANTOINE GAZEAU