Vaccination : une transparence et une gouvernance qui posent question

Le vers était-il dans le fruit ? Dans une interview accordée à Cap’Com fin mars, Michael Nathan, directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), rappelait ses priorités : « La stratégie de transparence définie par l’exécutif continue d’être le pilier fondamental de notre exécution. »

88 actu_vaccination

C’est précisément cette transparence qui fait débat chez les spécialistes, les uns estimant qu’elle brouille le message sur l’intérêt de la vaccination, les autres jugeant que la pédagogie dont faisait preuve le gouvernement en 2020 fait au contraire défaut sur la stratégie vaccinale. Pour Florian Silnicki, fondateur de la FrenchCom (Atlantico, 26/02), « Olivier Véran donne souvent le sentiment d'être le médecin que l'on presse de savoir si un proche va s'en sortir, qui vous répond avec un langage reposant sur une technique médicale que vous ne comprenez pas. C'est frustrant… et cette frustration alimente la défiance. »

La persistance de non-dits, c’est aussi l’une des erreurs pointées par Manon Daffara, consultante chez CLAI, qui évoque le tri lié aux déprogrammations, par exemple. Elle brocarde surtout des actions décalées : « Il suffit d’essayer d’obtenir un rendez-vous [...] pour mesurer que l’accès au précieux vaccin est tout sauf fluide. [...] Dans ce contexte, est-il judicieux de déployer une campagne télévisée émotionnelle, sur fond d’une très belle chanson de Gilbert Bécaud, pour inciter à la vaccination ? (voir video.briefmag.com) » Elle est catégorique : « à trop anticiper, on court le risque de paraître décalé, voire hors sol, et on conforte l’image d’un pouvoir loin des réalités et technocratique, pour ne pas dire arrogant. »

Le mal serait beaucoup plus structurel, estime enfin Nelly Haudegand dans Le Monde, le 19 avril. Pour l’ex-dircom de la CNAM, « il est à craindre que la communication sur la vaccination ne demeure en France un impensé conduisant à des actions décousues, mises en œuvre sous la double pression de l’agenda médiatique et d’une opinion fantasmée. Mais une succession d’actions ne fait pas une stratégie ni même un dispositif. » Entre autres solutions préconisées : « une gouvernance claire », une meilleure intégration de la communication en amont et une meilleure maîtrise du tempo : « Il n’y a pas de sens à mener une campagne d’envergure sur la vaccination quand celle-ci concerne encore seulement une minorité ou quand les capacités à vacciner ne sont pas suffisantes. A confondre vitesse et précipitation en se lançant dans une communication massive et injonctive, à vouloir parler à tous tout de suite, on ne peut que confondre les logiques de groupes et se priver d’arguments affinitaires, on frustre tous ceux qui brûlent de se faire vacciner mais qui ne sont pas “dans la cible”, on court le risque de la dissonance quand le système ne répond pas conformément aux promesses de la campagne. »

ANTOINE GAZEAU